AccueilActualitéRecrutement de boulangers : la France va-t-elle de se retrouver dans le pétrin ?

Recrutement de boulangers : la France va-t-elle de se retrouver dans le pétrin ?

boulanger

Au registre des quelques secteurs qui passent entre les gouttes en ces temps de crise, on peut compter 30 000 boulangeries en France. Elles n’ont à aucun moment fermé leurs portes et elles attirent toujours autant les Français, qui restent fidèles à leur incontournable baguette fraiche (en moyenne, ½ baguette par personne et par jour).

Le métier est devenu bien moins pénible qu’avant. L’émission « La meilleure boulangerie de France » passionne les téléspectateurs et atteste de l’amour que les Français vouent au pain… Pourtant, le boulanger est entré dans la catégorie des « métiers qui peinent à recruter » !

9 000 postes à pourvoir dans le secteur de la boulangerie-pâtisserie

C’est la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française qui l’a annoncé : le secteur est à la recherche de 9 000 nouveaux employés, qu’il ne parvient pas à recruter.

Une situation alarmante puisqu’elle conduit certaines boulangeries à la fermeture, à l’instar, par exemple, de celle de Saint-André-Lez-Lille (Hauts de France) en 2019. Bien que rentable, cet établissement a cessé son activité faute d’être parvenu à remplacer le vendeur et le préparateur qui avaient quitté l’établissement. Après des mois de recherches et d’entretiens d’embauche, le couple de boulangers n’étant pas parvenu à pourvoir ces deux postes indispensables au fonctionnement de leur commerce, a dû se résoudre à mettre la clé sous la porte.

Un problème générationnel ?

S’il est nettement moins contraignant qu’avant, le métier de boulanger exige de se lever tôt et de travailler le week-end, ce qui pourrait expliquer le manque de vocation des plus jeunes.

Les nouvelles générations sont aussi moins exigeantes en matière de qualité du pain :  62% du pain acheté provient encore des boulangeries artisanales, mais la concurrence de la boulangerie industrielle est forte : 26% des achats se font en grande surface, 12% en paneteries", expliquait la journaliste Laurène Gublin sur le plateau de France 2"Les paneteries, ce sont des terminaux de cuisson : le pain arrive surgelé, il est cuit sur place et souvent ces commerces n'ont pas le droit de s'appeler boulangerie", ajoute la journaliste. Et de préciser : « Dans les années 1950, on mangeait en moyenne 325 g de pain par jour et par personne. Aujourd'hui, c'est 130 g".

Ainsi, au-delà du désintérêt général des jeunes pour les métiers manuels, et de la pénibilité – devenue toute relative - du métier de boulanger, ce serait aussi la désacralisation du pain artisanal qui nuirait à la représentation qu’ils se faisaient autrefois du métier. Dans le même temps, les nouveaux modes de fabrication, et de vente, bousculent le paysage de la boulangerie française et réduisent l’attractivité des boulangeries « à l’ancienne ».

Pourtant, la boulangerie est un secteur aux multiples points forts !

Travailler en boulangerie, c’est l’assurance de bénéficier d’une solide formation et d'une certaine sécurité de l’emploi. Car même si l’appétence pour le pain artisanal s’érode un peu, au profit d’un pain industriel, il n’en reste pas moins 33 000 boulangeries traditionnelles réparties dans tout l’hexagone. Cela offre à tout boulanger en herbe, quelle que soit sa région, la possibilité de se former, et de réelles perspectives d’embauches dès sa formation achevée.

Les contrats d’alternance sont particulièrement dynamiques dans ce secteur : ils sont ouverts aux 16 – 30 ans. Les « patrons » sont souvent des gens passionnés fiers de transmettre leur savoir faire. Par ailleurs, des réductions d’impôts et de charges encouragent ensuite les candidats à l’ouverture d’un commerce en zone rurale.

Dominique Anract, le président de la Confédération nationale de la boulangerie plaidait ainsi récemment dans les médias, en faveur de sa branche : « Aujourd’hui, avec l’exode urbain, vous allez avoir beaucoup d’entreprises à reprendre dans les villages et dans les villes. Il va nous falloir des professionnels donc vous avez une carrière qui est assurée ». La moyenne de salaire d'un boulanger-pâtissier salarié est de 1 800 € nets pour 37 à 38 heures par semaine avec un dimanche travaillé sur deux.

Ce n’est peut-être pas la panacée, mais la mission est à haute valeur ajoutée en termes de relations humaines et ; qu’on se le dise ; des postes sont à pourvoir dans tous les plus beaux villages de France… De quoi attiser des désirs de reconversions chez des cadres urbains bons comme du bon pain, mais au bord du burn out !